Fasciné par l’art roman et l’architecture médiévale.

Constructions sobres, lignes pures, sculptures archaïques. En fait,

un art primitif avec ses arcs et ses flèches.

Armes que l’on discerne dans les coupoles, et les voûtes, dans les piliers

(de pilum), les contreforts, et les tours, surmontés parfois de pyramidions,

de pinacles, d’épis.

Angles vifs tendus vers le haut tels des stylets, des piques ou des pieux,

pour se défendre mieux  … des assauts du ciel ?

                                                                         (jean vidal)

 

 

 

Les sculptures de Jean Vidal se dressent dans l’espace comme une évocation des tracés

d’anciens parchemins des architectes romans. N’y a-t-il pas aussi comme une résurgence

des structures porteuses des Khaymas des Beni-Mtir, tribu berbère du moyen Atlas marocain ?

C’est en suivant ces chemins du passé, en parcourant ces sentiers, ces labyrinthes de l'âme

 afin d’aller au plus profond de soi avec ce que l’on connaît et qui déjà nous a bâti

que l’on peut trouver dans cette recherche même un abri qui nous protègerait

de ce vide immense des constellations qui fait notre émerveillement et notre effroi.

                                                                                                           (Xavier Krebs)

 

 

Cher Jean,

 Je n'imaginais pas, en acceptant d'écrire quelques lignes sur tes recherches, à quel point l’exercice me serait difficile. Non pas qu'il ne m'inspire que peu de mots, mais bien au contraire que cette « quête » entêtée et silencieuse d'une perspective d'un au-delà ou d'un là-bas perdu, concentrée dans ton atelier et envahissant la maison, le jardin, m'impressionne.

En visionnant à nouveau les images faites cet été en ta compagnie, en me remémorant les mots précis et rares qui ponctuaient les prises de vue, je perçois nettement l'imperturbable nécessité (et volonté) du passage :  ponts, passerelles, antennes. Constructions « improbables » qui nous projettent, nous traversent d'un désir à l'autre, d'un souvenir à l'autre, d'une image à l'autre. Car il s'agit bien pour moi d'espaces de l'esprit  que ces structures, fines, sobres et élancées, nous invitent à franchir dans leur indéniable présence et leur singulière fragilité.

L'accumulation des pièces, petites ou grandes, tendues, verticales, prêtes à émettre leur persistant signal ou, suspendues, tracées comme des lignes haut perchées pour accéder, horizontales à l'autre bout de… suscite un léger vertige devant tant de combinaisons possibles du passage et de la transmission.

Ces traversées métalliques, couvertes, ajourées, colorées, radicales mais aimables au regard lointain, dessinent, dans leur rassemblement et leur concentration, cette utopique cité où nous pourrions sans cesse nous re-joindre.

 J'oublie de considérer les objets récupérés qui constituent la base de tes constructions. Ils ne donnent que plus de justesse poétique à ces sculptures – appelons-les aussi de cette façon – tout comme ils soulignent la radicalité d'un geste artistique qui tend à l'essentiel du désir et du souvenir.

Demeure en moi cette sensation que j'ai à peine entamé la traversée …

Merci.   Bien à toi.

                                Brigit

 À Mancioux, le 22 décembre 2013                         (Brigit Bosch)